Bonjour les filles,

Aujourd’hui, donc, je vais vous présenter « la chasse au Dahut ». Je vous en parlais dans mon précédent blog, « la leçon de géographie », et comme Mimi, ma Pocahontas (du Québec)  préférée m’a interpellé sur ce sujet, avec deux ou trois autres d’entre vous, je vais m’employer à satisfaire leur curiosité.

Lorsque j’étais, disons pré ado, j’allais passer les vacances scolaires dans le village de ma grand-mère en Pays Occitan. Eh oui, même si maintenant je suis une fille des îles, par goût, par choix et par amour, j’aie toujours mes racines en Occitanie…

Donc, nous étions une bande de jeunes (saint Coluche, priez pour moi), une quinzaine à peu près, à traîner notre lassitude dans le village, à la recherche de la blague du jour. Comme changer la charrette de place d’un agriculteur à l’autre bout du village, la nuit et en silence, peindre la tête de la Marianne sur la place du village, mélanger le linge qui sèche (sans le salir, bien sûr), dévaler les escaliers abrupts du parvis de l’église sur des vélos sans âge au moment des vêpres, … enfin le bon temps de la jeunesse et à l’époque nos « exploits » alimentaient les conversations du village, il faut dire qu’il n’y avait pas encore la télé…

Mais notre préférence allait à « la chasse au Dahut ». C’était réservé aux « estrangers », aux neveux, fils d’amis, fils de touristes qui venaient se greffer à notre groupe pendant ces vacances. C’était toujours le même rituel… Assis, l’air désoeuvré sur la place du village, dans un silence entendu, l’un d’entre nous lançait l’air amorphe, « et si on allait à la chasse au Dahut ? », avec nonchalance les réponses fusaient de temps en temps, de quoi aguicher  le piègé , « bof », « c’est pas encore la saison », « ils sont encore trop petits », « il faut trouver un sac », « je sais pas si mon père me laissera… ».

Et bien entendu au bout d’un moment, « l’estranger », n’y tenant plus y allait de son « oui, oui ! allons-y !, allez ! … », sans se regarder, nous pensions tous : « il est bon ! ».

Là, commençait le plaisir de l’attente, une semaine de nos hésitations … et de ses envies de chasse. « le temps n’est pas bon… », « il nous faut un sac… », « et le bâton …», avec toute la nonchalance du midi … L’estranger était à bout, car au moins une fois par jour, l’un d’entre-nous y allait de son couplet sur le Dahut. Mais une seule fois par jour, juste de quoi le tenir en haleine … et nous regardions évoluer avec délices l’envie de départ se transformer en « rage de chasseur ».

Il nous fallait deux jours pour trouver le sac (bien entendu, nous savions où il était), un de ces sacs qui peuvent contenir 50 kg de pommes de terres, puis deux jours pour le bâton, choisir l’arbre, la branche, la longueur, l’épaisseur, la couper… un régal de lire dans les yeux « du chasseur », la joie, le désespoir, l’espoir…

La chasse. Prenez un « estranger » au Pays, affublez-le, d’un sac, normal, d’un bâton, normal, emmenez-le en groupe dans les collines boisées d’Occitanie la nuit, laissez-le à mi-hauteur de la colline au milieu des pins, le sac ouvert, le bâton prêt à repousser le Dahut à l’intérieur du sac tout en faisant un petit bruit avec la bouche pour l’attirer vers soi. Le groupe se sépare en deux, une partie à gauche, l’autre à droite, pour rabattre le Dahut vers « le chasseur » par leurs cris de plus en plus … éloignés… Pourquoi deux groupes ? Parce qu’il y a des Dahuts tourne-à-droite et des Dahuts tourne-à-gauche.  Les tourne-à-droite ont la jambe droite plus petite, et les tourne-à-gauche la jambe gauche plus petite, c’est normal, ils courent à flanc de colline et toujours à la même hauteur … leur physiologie s’est adaptée à leur environnement …

Le Dahut. Ce serait un petit animal gros comme un pigeon ou un petit lapin ou des fois comme une perdrix… avec des plumes, une patte plus courte que l’autre, les mâles une queue un peu comme le faisan, les femelles grises, les mâles marrons… et d’autres caractéristiques aux désirs de chacun, mais qui sont à « définir » à un « estranger » avec parcimonie … ce serait trop facile d’en attraper un !

Les lendemains de chasse sont redoutables, quand il faut raconter SA chasse et que l’on revient bredouille … et si les regards sont compatissants, à l’intérieur on est goguenard et on rit aux éclats.

Voilà les filles, la chasse au Dahut est terminée, vivement l’année prochaine et l’arrivée d’un nouvel « estranger » pour repartir à la chasse au Dahut !

C’est pour cela que parfois, quand je vais draguer … un homme, et que je lui tends une perche grande comme l’estuaire de la Gironde pour lui faire croire que je succombe à ses charmes, alors qu’en fait c’est moi qui le veut ( !!!) je me dis que je « l’emmène » à …la chasse au Dahut !

Bon, je suis bonne fille, je vous prête l’expression si vous le voulez, mais je garde le copyright, comme ça quand vous irez draguer … à la chasse au Dahut, vous penserez un peu à moi …

Bisous Mimi chérie, bisous à toutes.

 

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