« Mentir est parler contre sa pensée avec l’intention de tromper… »

Anoné  en classes primaires des sixties par encore swinging, la maxime ricoche encore dans ma cour intérieure d’ancien premier prix de camaraderie.

Non, je n’ai pas menti lorsque j’ai dit que je m’offrais un week-end pour moi tout seul.

Non, je n’ai pas menti lorsque j’ai dit que je montais jusqu’à Lille que je ne connaissais pas.

Non, je n’ai pas menti lorsque j’ai dit que j’avais trouvé un hôtel familial à Marcq-en-Baroeul.

Non, je n’ai pas menti lorsque j’ai dit que j’avais dîné au Vieux Lille dans un restaurant très sympa…

J’ai juste prix la précaution de ne pas donner de détail sur ma tenue vestimentaire et sur les délicieux amis que j’ai retrouvé ce jour-là...

J’ai juste omis de signaler, détail de l’histoire, que je préparais cette rencontre depuis des semaines, que j’avais couru les boutiques à la recherche de ballerines et d’un chemisier blanc estival.

J’ai juste oublié de mentionner une longue conversation avec ceux qui me recevaient et qui avaient réservé pour moi une journée pourtant précieuse à leur couple.

Je n’ai pas parlé d’une séance make up et de conseils précieux.

J’ai zappé la longue séance photo outdoor et les shooting plus intimistes avec un technicien de secours qui avait tout annulé pour me rencontrer.

Je n’ai pas menti, je n’ai pas tout dit. Car il m’appartient encore de cultiver mon jardin secret ; d’en arroser les boutons et les rubans que le printemps fait éclore et qui fleuriront dans ma mémoire au parfum délicat de féminité.

J’attendais cette première floraison avec impatience. Juin l’an passé vit une robe fleurie sur le pavé de Paris ; puis décembre, seconde et dernière apparition frileuse dans la nuit des Grands Boulevards. Et puis plus rien. Pétales glissés seulement au creux d’un livre d’images que je j’effeuille sans cesse.

Ce samedi d’avril fêterait le retour d’une Barbara plus French que jamais. Sûre de soi mais pas trop. Aux tentatives élégantes d’une sortie solo au soleil du matin. Bonjour à mes hôtes mis dans la confidence. Sourires bienveillants. Depuis la veille j’avais investi ma chambre de jeune fille. Placards remplis de tout ce que j’ai. Nuit satinée d’un féminin retrouvé. Réveil et journée frivole. Rien d’autre à me mettre que ce dont j’avais rêvé. Métamorphose légère et gestes presque assurés devant un miroir complice.

Pivoines choisies au coin de la rue pour mes amis jamais vus mais déjà familiers. Complicité, ou politesse ?, d’une fleuriste adorable.

Ongles rougis pour la première fois, joues fardées, regard bleuté.

Et les heures s’égrainant jusqu’au soir tout en délicatesse…

Je n’avais jamais vécu cela.

La descente fut à la hauteur du crescendo… Retour solitaire dans les plaines de la Somme choisies par goût de l’histoire et fuite des aires d’autoroutes blafardes. Long chemin parcouru jusqu’à la mer… Cafard…

Le printemps est bien là. Le jardin refleurit. Je n’attendrai pas l’été pour cueillir à nouveau ses fleurs et ses fruits.

Bienvenue

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